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Attirer les femmes vers les métiers de l’IT est essentiel pour surmonter la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, de nombreuses entreprises s’engagent à agir en ce sens. Pourtant, la réalité reste bien différente, comme le révèle une récente étude de Bitkom.
À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2025, les annonces sur les déséquilibres persistants dans les métiers et les salaires se multiplient. L’écart de rémunération entre les genres (Gender Pay Gap) s’est certes réduit de deux points de pourcentage, mais il reste important, avec une moyenne de 16 %. L’Office fédéral de la statistique (Destatis), qui a publié ces données en février, explique cette situation notamment par le fait que les femmes travaillent plus souvent à temps partiel et choisissent des métiers moins bien rémunérés. Ce problème touche également les métiers de l’IT. S’y ajoute la sous-représentation des femmes dans le secteur, comme le montre une étude récente de Bitkom, l’association professionnelle allemande des technologies de l’information et des télécommunications (DACH).
Plus de déclarations d’intention que de réalité
D’après cette étude, un tiers des entreprises se sont fixé pour objectif d’attirer davantage de femmes vers les métiers de l’informatique et du numérique – un domaine où elles restent pourtant largement minoritaires.
Parmi les 605 entreprises interrogées, 64 % estiment que moins de la moitié de leurs effectifs sont des femmes. Dans les métiers de l’IT et du numérique, cette proportion atteint même 94 %. Seules 4 % des entreprises déclarent avoir atteint la parité dans ces secteurs, contre 19 % pour l’ensemble des effectifs féminins.
Par ailleurs, 64 % des entreprises considèrent que l’économie allemande joue son avenir en ne intégrant pas davantage de femmes dans les métiers du numérique et de l’IT. D’autres pays seraient déjà plus avancés : 59 % des répondants estiment que l’Allemagne fait figure de lanterne rouge dans ce domaine, tandis que 23 % pensent qu’elle a déjà raté le coche. Seuls 15 % la voient parmi les pays pionniers, et à peine 1 % à la pointe.
« Les femmes apportent de nouvelles perspectives et des expériences différentes dans les entreprises. Cette diversité renforce non seulement l’innovation technologique et la compétitivité, mais aussi la participation et la co-construction équitable de la transformation numérique », souligne le Dr. Bernhard Rohleder, directeur général de Bitkom (fédération allemande des technologies de l’information, des télécommunications et des nouveaux médias).
Les obstacles mentaux restent importants
Six entreprises interrogées sur dix déploient déjà des mesures ciblées de recrutement pour attirer davantage de femmes vers les métiers du numérique et des technologies de l’information (TI). En tête des actions déjà mises en œuvre ou prévues figurent les partenariats avec les universités et les écoles (24 % et 31 %), ainsi que les programmes d’entrée comme les stages ou les contrats de professionnalisation (19 % et 24 %).
En matière de communication ciblée, 35 % des entreprises misent sur des campagnes publicitaires et sur les réseaux sociaux, 33 % sur des événements et salons dédiés aux carrières féminines. En revanche, seules 6 % et 14 % optent pour des offres d’emploi explicitement adressées aux femmes. Par ailleurs, seulement 5 % des entreprises privilégient les candidates à qualification égale, tandis que 12 % envisagent de le faire.
Selon les données de l’Office fédéral de la statistique (Destatis) et de la Bundesnetzagentur (l’Autorité fédérale des réseaux, régulateur des télécommunications en Allemagne) pour 2024, la part des femmes dans le secteur des TI n’atteint que 30 %, et tombe même à 18 % parmi les professionnels qualifiés. Dans les filières universitaires d’informatique, cette proportion s’élève à 21 %, un chiffre qui laisse encore une large marge de progression. En effet, dans les domaines de la bio-informatique et de l’informatique médicale, les femmes représentent respectivement 44 % et 37 % des effectifs.
Il est certain que la sous-représentation des femmes et des jeunes filles dans les métiers des TI et dans les formations associées s’explique en partie par la persistance de stéréotypes les percevant comme des bastions masculins. Si près de deux tiers (69 %) des entreprises interrogées estiment que les métiers du numérique et des TI doivent devenir plus attractifs pour les femmes, 39 % considèrent encore que les hommes y sont mieux adaptés. Pourtant, 88 % des entreprises sont convaincues que les équipes mixtes ont un impact positif sur le climat de travail et la culture d’entreprise, et 81 % reconnaissent que les femmes apportent de nouvelles idées et perspectives.
« La réalité reste cependant bien différente, comme le révèle une récente étude de Bitkom (fédération allemande des technologies de l’information, des télécommunications et des nouveaux médias). »
Plus de femmes contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée
« Ceux qui s’accrochent à de telles idées reçues n’ont pas à s’étonner de la pénurie de compétences. La numérisation et l’informatique n’ont pas de genre », s’emporte Rohleder. « Les femmes ne devraient pas se laisser freiner par les stéréotypes, mais saisir consciemment les opportunités de carrière dans ces métiers d’avenir. »
La moitié des entreprises (50 %) considèrent qu’une qualification insuffisante des candidates explique la faible proportion de femmes dans les métiers de l’IT. Pour 46 % d’entre elles, les femmes sauraient simplement moins bien se vendre. 52 % identifient des obstacles à la reconversion, d’autant que les agences pour l’emploi recommandent ou financent moins souvent des formations spécifiques à l’IT pour les femmes.
Près d’une entreprise sur deux (46 %) impute aux clichés véhiculés lors de la formation et de l’orientation professionnelle la sous-représentation des femmes dans les métiers de l’IT. Rohleder précise : « Au-delà du cadre familial, les écoles et les universités jouent un rôle clé dans le choix d’une carrière. Il est donc d’autant plus important d’y stimuler la curiosité des jeunes filles et des femmes pour la technologie et la numérisation. »
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