Robotique et IA révolutionnent l’entrepôt autonome 2026
Trois entrepôts sur quatre dans le monde fonctionnent encore entièrement sans automatisation. Parallèlement, des groupes comme Amazon et DHL investissent des milliards dans la robotique. Que se passe-t-il lorsque des systèmes pilotés …
Trois entrepôts sur quatre dans le monde fonctionnent encore entièrement sans automatisation. Parallèlement, des groupes comme Amazon et DHL investissent des milliards dans la robotique. Que se passe-t-il lorsque des systèmes pilotés par l’IA ne se contentent plus de déplacer des colis, mais pilotent de manière autonome l’ensemble des stratégies logistiques ?
L’essentiel
- Volume du marché : Le marché mondial de l’automatisation des entrepôts atteindra environ 27 milliards d’euros en 2025 et devrait croître jusqu’à 48 milliards d’euros d’ici 2030 (LogisticsIQ, 2024).
- 102 900 robots logistiques vendus : Les robots de transport et de logistique représentent, avec plus de 52 %, la plus grande catégorie de robots de service professionnels au niveau mondial (IFR World Robotics, 2025).
- L’Allemagne domine l’Europe : 29,35 % du chiffre d’affaires européen de l’automatisation des entrepôts proviennent de l’Allemagne (Mordor Intelligence, 2025).
- 75 % sans automatisation : Seul un entrepôt sur quatre dans le monde utilise déjà une quelconque forme d’automatisation. Seulement 10 % recourent à des systèmes avancés.
- RaaS en hausse de 42 % : Les modèles Robot-as-a-Service (RaaS) réduisent considérablement la barrière à l’entrée pour les PME (IFR, 2025).
Pourquoi l’intralogistique s’automatise maintenant
Les coûts salariaux représentent 50 à 70 % du budget total d’un entrepôt. En 2024, les salaires dans le secteur logistique ont augmenté de 7 à 9 % par rapport à l’année précédente. Parallèlement, les entreprises font face à une pénurie de personnel qualifié, tandis que les clients du commerce électronique exigent désormais la livraison le jour même. Sans automatisation, cette équation n’est plus viable.
Le marché réagit : en 2024, 102 900 robots de transport et de logistique ont été vendus dans le monde, soit 14 % de plus qu’en 2023. Les robots de logistique représentent ainsi plus de 52 % de l’ensemble des robots de service professionnels (World Robotics Report 2025, IFR). Parmi eux, les robots mobiles d’intralogistique – c’est-à-dire les véhicules guidés automatiques (AGV) et les robots mobiles autonomes (AMR) destinés aux entrepôts et à la production – représentent environ 81 800 unités.
Source : LogisticsIQ, 2024
Ce qu’utilisent Amazon, DHL et Ocado dans leurs entrepôts
Amazon exploite désormais plus d’un million de robots dans plus de 300 centres de préparation de commandes (fulfillment centers) à travers le monde. Les nouveaux sites déployent dix fois plus de robots que les installations antérieures (TechCrunch, octobre 2024). Le système Sequoia, installé à Shreveport, traite plus de 30 millions d’articles chaque jour.
DHL utilise mondialement plus de 7 500 robots et a investi, ces trois dernières années, plus d’un milliard d’euros dans l’automatisation. En mai 2025, DHL a signé une déclaration d’intention avec Boston Dynamics pour déployer plus de 1 000 robots Stretch d’ici 2030. Ces systèmes sont capables de décharger jusqu’à 700 cartons par heure. Par ailleurs, plus de 5 000 unités Locus Robotics sont opérationnelles sur 35 sites DHL, où elles ont effectué plus de 500 millions de prélèvements (« picks »).
Ocado a automatisé, grâce à son système On-Grid Robotic Pick System, plus de 30 millions d’articles en 2024. En mars 2025, l’entreprise britannique a présenté le robot Porter AMR, un robot autonome de manutention de palettes destiné aux opérations de cross-docking et de stockage.
RaaS : la robotique sans investissement de plusieurs millions
Toutes les entreprises ne peuvent pas ou ne souhaitent pas investir des millions dans leur propre robotique. C’est précisément là qu’intervient le modèle Robot-as-a-Service (RaaS) : au lieu d’acheter des robots, les entreprises les louent à l’heure ou au mois. Selon l’IFR, ce modèle connaît une croissance annuelle de 42 %.
Locus Robotics illustre parfaitement cette capacité à s’adapter à la demande : en 2024, l’entreprise a fourni, dans le cadre de son programme PeakFLEX, près de 2 000 robots en location saisonnière. Les clients peuvent ainsi augmenter temporairement leur capacité dès le début de la saison des fêtes, puis la réduire ensuite. La durée moyenne d’amortissement d’un déploiement d’AMR est inférieure à 24 mois, et peut descendre à seulement huit mois dans des environnements bien préparés.
L’IA rend les entrepôts intelligents
La robotique seule permet de déplacer des colis plus rapidement. L’IA rend l’ensemble de l’entrepôt intelligent. Grâce à l’analyse prédictive, les erreurs de prévision sont réduites de 20 à 50 %, tandis que les problèmes de disponibilité des produits diminuent jusqu’à 65 % (McKinsey). Les ruptures de stock baissent jusqu’à 20 %, les stocks globaux jusqu’à 30 %.
Concrètement, cela signifie que les systèmes d’IA analysent les données historiques de commandes, les schémas saisonniers et des signaux externes tels que la météo ou les jours fériés. Ils déterminent ainsi où placer chaque article dans l’entrepôt, optimisent en temps réel les itinéraires de préparation des commandes et détectent les goulots d’étranglement potentiels avant même qu’ils ne surviennent.
Matt Charles, directeur exécutif chez FANUC, résume la situation avec précision : l’IA permet une automatisation flexible, où les robots ne sont plus programmés pour une tâche unique, mais s’adaptent dynamiquement à des flux de travail changeants. Le résultat est une augmentation de l’efficacité et de la productivité des installations (Supply Chain 24/7, 2025).
L’Allemagne : le plus grand marché européen d’automatisation
L’Allemagne détient la part la plus importante du marché européen de l’automatisation des entrepôts, avec 29,35 %. Le marché européen dans son ensemble s’élevait à environ 5,0 milliards d’euros en 2025 et connaît un taux de croissance annuel de 17,86 % (Mordor Intelligence).
SSI Schäfer, basée à Neunkirchen, l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’intralogistique, a présenté lors de la LogiMAT 2026 à Stuttgart ses dernières solutions AMR et IA. Dematic, filiale du groupe francfortois KION, mise sur des plateformes IA modulaires destinées à l’analyse en temps réel dans le domaine de l’intralogistique. La tendance est claire : les entreprises allemandes investissent, et les fournisseurs de technologies répondent à la demande.
Conclusion
L’intralogistique se trouve à un point de basculement. Soixante-quinze pour cent des entrepôts ne sont pas encore automatisés, mais la hausse des coûts salariaux, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et la pression exercée par le commerce électronique rendent la situation actuelle intenable. Les modèles RaaS abaissent la barrière à l’entrée, tandis que l’IA rend les systèmes suffisamment intelligents pour être accessibles aux PME. Celui qui ne s’engage pas aujourd’hui dans l’automatisation perdra sa compétitivité dans les trois prochaines années.
Questions fréquentes
Quel est le coût de l’automatisation d’un entrepôt pour une PME ?
Les coûts dépendent fortement du degré d’automatisation retenu. Les modèles RaaS commencent à quelques milliers d’euros par mois et par robot. Des flottes complètes d’AMR s’amortissent généralement en 18 à 36 mois. L’automatisation de l’emballage atteint souvent le seuil de rentabilité après seulement 12 à 24 mois.
Quelle est la différence entre un AGV et un AMR ?
Les véhicules guidés automatiques (AGV) suivent des trajets fixes et nécessitent des lignes physiques ou magnétiques pour se guider. Les robots mobiles autonomes (AMR), quant à eux, naviguent librement à l’aide de capteurs et d’IA, adaptent leurs itinéraires en temps réel et offrent une plus grande flexibilité d’usage. Les AMR dominent le marché européen avec une part de 36,2 %.
À quelle vitesse un modèle RaaS peut-il être mis en œuvre ?
La plupart des fournisseurs RaaS promettent une mise en service en quelques semaines. Le programme PeakFLEX de Locus Robotics, par exemple, livre des robots en location saisonnière en quelques jours. Le véritable défi réside toutefois dans la préparation de l’infrastructure logistique.
Quel rôle joue l’infrastructure cloud dans l’automatisation des entrepôts ?
Les systèmes de gestion d’entrepôt (WMS) basés sur le cloud permettent l’analyse de données en temps réel, la supervision centralisée des flottes robotiques et le déploiement évolutif de modèles d’IA. Le calcul « edge » traite localement les données critiques provenant des capteurs, tandis que les analyses stratégiques sont exécutées dans le cloud. Cette combinaison des deux approches constitue aujourd’hui la norme dans les déploiements modernes.
Les robots supplantent-ils les emplois dans les entrepôts ?
L’expérience montre plutôt un changement de nature des emplois qu’une suppression massive. Amazon emploie, malgré son parc de plus d’un million de robots, toujours des centaines de milliers de collaborateurs dans ses entrepôts. DHL indique que l’automatisation rend le travail plus ergonomique et crée des postes plus qualifiés. Par ailleurs, la pénurie de main-d’œuvre aggrave déjà la situation : il n’y a tout simplement pas assez de candidats pour pourvoir les postes vacants.
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